Lettre ouverte au Parisien


Notre association a relevé un certain nombre d’imprécisions dans les fiches métier Traducteur technique et Traducteur-interprète de la rubrique Étudiant du Parisien. Elle propose d’y apporter les rectifications suivantes.

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Association professionnelle des métiers de la traduction, APROTRAD a notamment pour mission d’informer les futurs étudiants sur les diverses professions en lien avec la traduction. Cela nous amène régulièrement, par exemple, à les présenter dans le cadre de forums d’orientation destinés aux collégiens ou étudiants.

Nous sommes souvent confrontés à la méconnaissance de notre métier, aussi saluons-nous les initiatives comme celle du Parisien, qui proposent une description concise et réaliste de ce qu’est le métier de traducteur et de la formation à suivre pour embrasser cette carrière.

Cependant, à la lecture de vos deux fiches métier Traducteur technique et Traducteur-interprète, il nous paraît judicieux de préciser, voire de rectifier certains points afin que ces informations reflètent plus fidèlement la réalité de cette profession.

Voici donc une série de modifications qui permettraient d’offrir aux personnes intéressées une vision plus exacte de ce qui les attend si elles choisissent cette voie.

Fiche Traducteur technique

(http://etudiant.aujourdhui.fr/etudiant/metiers/fiche-metier/traducteur-technique.html)

« La traduction, en effet, peut se faire dans les deux sens. »

Croire que l’on peut traduire indifféremment dans les deux sens est une erreur courante. Il serait donc judicieux de préciser ici qu’à moins d’être réellement bilingue (notion définie plus loin), un traducteur traduit uniquement vers sa langue maternelle.

« Il est bon en langues. »

En effet, c’est une compétence élémentaire requise. Mais il serait sans doute plus juste de préciser qu’en plus d’être bon en langues, le traducteur doit maîtriser parfaitement sa langue maternelle, et la ou les langues étrangères à partir desquelles il travaille.

« Si être bilingue en anglais est presque obligatoire, il s’agit par ailleurs de maîtriser un anglais technique. »

Pour être bilingue, il faut avoir appris simultanément deux langues, typiquement en ayant deux parents de langue maternelle différente. Les personnes véritablement bilingues sont donc plutôt rares mais heureusement pour nous, ce n’est pas obligatoire pour être traducteur.

De plus, l’anglais n’est pas indispensable même s’il est très répandu. De nombreux traducteurs professionnels ne le parlent pas et ne l’utilisent pas dans leur métier.

Cette phrase pourrait par exemple être modifiée ainsi : « S’il est essentiel de connaître très bien la langue étrangère de départ, il s’agit par ailleurs d’en maîtriser les aspects techniques. »

« La maîtrise d’autres langues, comme l’allemand ou le chinois, est une autre manière de se spécialiser pour se démarquer des autres traducteurs. »

Nous comprenons bien l’intérêt journalistique de préciser « allemand ou chinois » ici, mais cela nous semble réducteur en regard de la multitude de langues de travail possible.

Peut-être serait-il intéressant de modifier cette phrase ainsi :

La maîtrise d’autres langues, par exemple des langues dites « rares », est une autre manière de se spécialiser…

« Le traducteur technique n’a pas véritablement de possibilités d’évolution. Il peut néanmoins trouver du travail comme traducteur-interprète ou traducteur littéraire en fonction de ses aptitudes. S’il travaille en freelance, la rédaction web peut être un bon moyen pour lui de s’insérer dans la vie professionnelle. »

Soyons francs, ce passage nous fait dresser les cheveux sur la tête.

Qu’entendez-vous par « possibilités d’évolution » ? En réalité, le traducteur technique évolue tout au long de sa vie professionnelle, en compétence, en expertise, en chiffre d’affaires…

Il trouve du travail comme traducteur technique si c’est la branche qu’il a choisie. Votre formulation suggère que la traduction technique est une compétence « de base » inférieure, à partir de laquelle on peut évoluer vers des métiers plus cotés comme la traduction littéraire ou l’interprétation. En réalité, ce sont des spécialités différentes mais de niveau équivalent. Un traducteur technique peut effectivement devenir interprète ou traducteur d’édition, mais par choix de conversion plus que de progression.

Enfin, la traduction technique est en elle-même un excellent moyen de s’insérer dans la vie professionnelle. La rédaction web… c’est autre chose. Votre formulation laisse penser que le traducteur technique a tellement de mal à trouver du travail qu’il lui faut trouver de « petits boulots » pour réussir à gagner sa vie.

En réalité, le traducteur indépendant est un chef d’entreprise. Bien sûr, rien ne l’empêche d’exercer en parallèle le métier de rédacteur web, ou tout autre métier qui lui plaît et pour lequel il a des dispositions.

Rubrique « Formation nécessaire »

Il nous semble important d’ajouter dans cette rubrique que, si aucun diplôme n’est obligatoire, tous les traducteurs professionnels en exercice ont en revanche des diplômes, français ou étrangers, de traduction ou liés à d’autres spécialités.

« L’édition est certes le premier des employeurs »

Cette formulation induit en erreur car elle laisse supposer que c’est dans la traduction d’édition que la plupart des traducteurs travaillent.

En réalité, la plupart des traducteurs sont des traducteurs techniques indépendants qui travaillent pour des acteurs économiques très divers (entreprises, multinationales, organismes internationaux, etc.) ou l’administration.

« …il est préférable au traducteur technique de connaître un minimum le fonctionnement de l’administration… »

La locution « un minimum » donne une idée erronée de ce qui est nécessaire : le traducteur juridique doit connaître très bien les rouages des administrations dont il parle.

« …il publie toujours dans l’anonymat »

Non, pas toujours, même s’il est vrai que c’est le plus fréquent.

Fiche Traducteur-interprète

(http://etudiant.aujourdhui.fr/etudiant/metiers/fiche-metier/traducteur-interprete.html)

« Outre la connaissance approfondie d’au moins deux langues étrangères… »

En réalité, la connaissance approfondie d’une seule langue étrangère suffit à exercer le métier de traducteur.

« Il doit également être capable de respecter la présentation des documents fournis en utilisant un logiciel de TAO (Traduction assistée par ordinateur). »

Rectification : un logiciel de TAO ne sert pas à respecter la présentation des documents fournis mais à identifier et retrouver des phrases déjà traduites pour assurer la cohérence du vocabulaire ou de la phraséologie employée dans un document ou pour un client particulier.

« Quelques autodidactes biculturels parviennent à travailler pour des agences de traduction étrangères au prix d’un gros effort de prospection. »

De très nombreux traducteurs, pas nécessairement biculturels (une qualité encore plus rare que le bilinguisme, qui correspond au fait d’avoir été élevé dès sa petite enfance dans deux cultures différentes, par exemple au sein d’une communauté culturelle mais dans un pays d’une autre culture…), travaillent de manière habituelle pour des agences de traduction étrangères. C’est en quelque sorte notre lot quotidien.

« Par la suite, il peut devenir chef de projet dans une agence de traduction ou s’orienter vers la profession de terminologue. »

Non, pas « par la suite » : ces choix d’orientation peuvent intervenir à n’importe quel moment de notre carrière, aussi bien au début qu’après 15 ans d’exercice.

Vous trouverez des informations sur le site web de notre association :

http://www.aprotrad.org/metiers-traduction.html

http://www.aprotrad.org/modes-exercice.html

http://www.aprotrad.org/formation.html

N’hésitez pas à nous contacter pour toutes questions concernant les métiers de la traduction, nous sommes des experts !